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LE BLOG

Chronique d’une chasse nocturne en Hermitage

  • Photo du rédacteur: Laurent
    Laurent
  • il y a 17 minutes
  • 2 min de lecture
Chenilles vigne observées de nuit sur un bourgeon dans une parcelle d’Hermitage

Il y a ce qu’on imagine du métier de vigneron.

Et il y a ce qu’on vit réellement.


Cette année, j’ai passé sept soirées, lampe frontale sur la tête, à parcourir une parcelle d’Hermitage pour chasser… des chenilles.


Pas une image.

Une réalité.


Les coupe-bourgeons : un ennemi discret mais redoutable


On les appelle “coupe-bourgeons” ou “mange-bourgeons”.


Ce sont de petites chenilles, souvent des noctuelles, qui sortent la nuit.

Elles passent la journée enfouies au pied des ceps, puis grimpent tranquillement jusqu’aux extrémités des rameaux pour venir manger les jeunes bourgeons.


Ces bourgeons, ce sont tout simplement les futures grappes.


En agriculture biologique, il n’existe pas de solution simple et directe pour les éliminer.

Pas de produit miracle à pulvériser.

Pas de réponse rapide.


Un problème connu… jusqu’à cette année


Sur cette parcelle d’Ermitage (47,60 ares), j’avais déjà observé leur présence les années précédentes.


Quelques bourgeons mangés.

Rien de dramatique.


Alors je laissais faire.


Mais cette année, en parcourant la vigne, le constat a été différent.

Beaucoup plus de bourgeons touchés.

Beaucoup plus.


À un moment, il faut décider.

Laisser faire… ou intervenir.



Lampe frontale et une heure et demie de vigne


Pas de produit.

Pas de solution technique immédiate.


Donc une seule option :

aller les chercher.


À la main.


Le soir, vers 21h – 21h30.

Une lampe frontale.

Et environ 4 000 pieds à parcourir.


Résultat des sept nuits :

Nuit 1 : 70 chenilles

Nuit 2 : 40

Nuit 3 : 25

Nuit 4 : 25

Nuit 5 : 15

Nuit 6 : 10

Nuit 7 : 5


Total : près de 190 chenilles retirées.


Et surtout une question simple :

est-ce que je les ai vraiment toutes vues ?



Une expérience rare… presque privilégiée


Au-delà du problème, il y a eu quelque chose d’autre.


Se retrouver seul, de nuit, sur les hauteurs de l’Hermitage.

La vallée du Rhône en contrebas, éclairée.

Le silence.


Et cette marche lente, pied après pied, cep après cep.


Le métier de vigneron a ça de particulier :

il ne se répète jamais vraiment.


Même après des années, il vous surprend encore.



Pourquoi cette explosion cette année ?


Je n’ai pas de réponse claire.


Quelques hypothèses :


arrêt du travail du sol au cheval

conditions climatiques favorables

évolution globale des équilibres biologiques


Mais rien de certain.


Ce qui est certain en revanche :

si cette population continue d’augmenter, la gestion deviendra rapidement impossible à la main.



Réfléchir plutôt que subir


Aujourd’hui, les dégâts sont là.

Mais probablement limités.


La vigne a une capacité de résilience étonnante.

D’autres bourgeons peuvent prendre le relais.


Mais je ne veux pas subir ça à grande échelle demain.


Alors la réflexion est lancée :


extraits naturels (ail, plantes, répulsifs ?)

retours d’expérience d’autres vignerons

compréhension plus fine du cycle de ces chenilles


Parce que si demain ce phénomène s’étend à plusieurs hectares,

la lampe frontale ne suffira plus.



Une belle expérience… que je ne souhaite pas répéter


Je garderai de ces nuits un souvenir fort.


Mais soyons clairs :

je préfère marcher dans mes vignes la nuit par envie. Pas par dépit.

 
 
 

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